• Naoki

Comprendre le CHANGEMENT.

Ne vous êtes-vous jamais dit qu'il fallait que vous changiez ? Combien de fois vous a-t-on suggéré de changer ? Que ce soit vos habitudes ou votre comportement. Depuis combien de temps vous sentez-vous bloqué.e comme prisonnier.e de votre immobilisme ? Que ce soit au travail, dans votre couple ou dans vos projets personnels.

Changer ? Oui, et on en parle partout aujourd'hui. Cependant, comment faire ? Car c'est bien beau de se dire qu'il faut changer, mais comment fonctionne ce changement ?

Si je vous disais que nous sommes foncièrement des êtres de changement, et que ces changements sont en fait déjà en train de se produire en ce moment même ? Me croiriez-vous ?


Le changement est un mécanisme bien plus permanent que l'idée que l'on s'en fait, c'est-à-dire des révolutions ponctuelles à la demande. Car tous les changements ne sont pas des bouleversements radicaux, et encore moins linéaires (passage rectiligne d'un état à un autre).

Nous allons dans cet article tenter d'appréhender le concept du changement, au sens large du terme ; mais également de comprendre son fonctionnement et de voir qu'il y a deux modèles : le changement avec une mini-transition (petite boucle) et le changement à grande transition (grande boucle).

Pour ce faire, nous passerons par l'observation de la nature, mais aussi de notre biologie, de notre psychologie et un brin de philosophie - vous êtes prévenus !



Philosophie & Nature

Commençons par ce que d'aucuns considèrent comme le plus chiant : la philosophie. Pour Héraclite d'Éphèse (550 - 480 A.C), qui fut l'un des grands personnages historiques à avoir favorisé le développement de la philosophie en Grèce, et également considéré comme l'un des premiers physiciens de l'histoire, le changement a été l'une des notions les plus importantes et toute sa pensée tourne autour de cette idée centrale :

Tout est mouvement, tout change constamment, ce qui a lieu en ce moment n'aura plus jamais lieu et ne sera plus ce qu'il a été en son temps... Des contraires surgit la réalité: le froid se réchauffe et le chaud refroidit, le visible devient invisible et vice-versa, le vivant meurt et ce qui est mort se régénère, le jour et la nuit sont deux facettes d'un même phénomène... La réalité est un assemblage de contraires et le monde un mélange en mouvement constant.

Selon Héraclite, ce principe rend compte de l'Univers ; tout ne serait donc que mouvements et révolutions. Il parle notamment de la succession du jour et de la nuit comme les deux facettes d'un même phénomène, autrement dit un cycle.

Il en est de même pour les cycles du Soleil, de la révolution de notre planète autour de ce dernier, de la rotation de la Terre sur elle-même, créant subséquemment la diversité cyclique des saisons, qui se suivent inlassablement.



Biologie

On peut également parler du cycle circadien, du cycle menstruel, etc. Les cycles sont tout autour de nous, synonymes de renouveau. A tel point que ce renouvellement constant s'exprime jusque dans notre biologie. Effectivement, les cellules du corps humain se renouvellent sans cesse à des rythmes variés selon les organes qu'elles constituent et leur fonction*. Ainsi, les cellules de l’estomac et des intestins accomplissent leur tâche pendant quelques jours et sont rejetées par l’organisme. Les cellules de la peau confrontées en permanence à des agressions extérieures sont totalement remplacées en quelques semaines. Et les globules blancs contenus dans le sang, qui combattent les infections, ne vivent pour certains que quelques heures.

Si on prend maintenant les parties de notre corps qui se régénèrent lentement, on peut commencer par les os. Il ne sont pas constitués de cellules, mais sont fabriqués par elles et il faut au moins 10 ans pour qu’ils soient totalement régénérés. Les cellules qui se remplacent lentement sont celles des muscles et notamment du muscle cardiaque dont 1% seulement sont régénérées par an après l'âge de 20 ans.

En somme, il faut en moyenne une dizaine d'années pour que votre corps se renouvelle entièrement ou presque**. Il est certain que si vous avez la trentaine ou plus, votre organisme s'est déjà renouvelé 3, 4, 5 fois ou davantage, et ce sans même vous en rendre compte. Ca c'était la petite information impactante pour briller en société !



Psychologie & Développement personnel (enfin !)

Notre corps change donc en permanence, évolue en permanence et s'adapte en permanence. La psychologie étant intrinsèquement corrélée à la neurologie, notre flux de pensées, nos valeurs et nos croyances (limitantes ou aidantes), et par conséquent notre comportement, font de même et changent constamment en fonction des informations perçues, traitées et stockées, ou non. Le traitement de ces perceptions détermine notre expérience de l'environnement, conditionne notre vision du monde, de nos émotions et de nos réactions, et préfigurent donc ces changements, qui comme nous allons le voir sont cycliques.


D'après Frederic Hudson (1934-2015), philosophe, éducateur, écrivain et penseur américain dans le domaine du développement des adultes et du coaching, le changement suit des cycles ou boucles, constitués de 2 phases avec une petite transition, ou de 4 phases dont les deux supplémentaires représentent une grande transition. Ces phases figurent en quelque sorte les saisons de nos changements.


Cycles du changement d'Hudson

Phase 1 - L'alignement

On débute par la phase 1 : la phase d'alignement ou de lancement. C'est le moment durant lequel nos projets et nos rêves s'alignent avec les actions que nous mettons en oeuvre avec enthousiasme et beaucoup d'énergie. Tout nous semble atteignable, positif et galvanisant, et nous faisons fi des obstacles ou défauts (d'une situation ou d'une personne). Nous enchaînons les actions et les accomplissements jusqu'à atteindre un plateau où tout va pour le mieux.

• Phase de rencontre, de séduction et de mise en couple idyllique où tout est rose.

• Prise de poste dans un nouveau travail où l'envie d'apprendre, d'accomplir et de s'accomplir domine le traque et le stress. On s'épanouie dans nos missions.

• On entame une transformation physique avec la meilleure des motivations.


Cette étape du plateau peut être de longue ou de courte durée selon qu'on l'alimente en innovation ou non. Car pour se maintenir sur ce plateau, il nous incombe d'introduire en permanence de la nouveauté dans le système (couple, amitié, apprentissage nouveau, etc). 10% à 20% de novation d'ailleurs, car en-dessous de ce seuil de 10% cela s'avérera insuffisant pour se maintenir, alors qu'au-delà de 20% cela demandera au système une trop forte adaptation et entraînera de fait une forte résistance au changement, résultant ainsi en un potentiel retour en arrière.


Phase 2 - La désynchronisation

Après une étape de stagnation, cette fois-ci source de frustration, on commence à voir les deux côtés d'une même pièce. Les défauts se font visibles et les défis deviennent des obstacles. On entre dans une phase de marasme durant laquelle nos attentes et la réalité se désynchronisent.

Cette phase marque la remise en doute et le questionnement du système dans lequel nous nous trouvons.

• Les défauts de l'autre nous minent et remettent la relation en doute car cause de frictions et de tensions. Le statu quo relationnel est rompu et la désillusion point.

• Les collègues ou le/la n+1 ne sont plus aussi collaboratifs qu'au départ, les tensions et rivalités se mettent en place, les missions sont ennuyantes et ne nous apprennent plus rien. Les inconvénients commencent à peser sur la balance et le doute s'installe.

• Après un départ en trombe et des progrès significatifs, la frustration de la stagnation prend le dessus et la démotivation arrive. On perd de vue le pourquoi de notre entreprise.


Transition de type 1

A la suite de ces 2 phases, deux alternatives se présentent à nous :

1) La problématique est gérée et une restructuration de la situation se met en place sans pour autant changer de système.

Cette transition mène de nouveau à une phase d'alignement et relance une boucle. Il s'agit d'un chapitre de vie.

• La communication et la mise à plat de la problématique permettent de trouver une solution afin de gérer les tensions et d'apporter les ajustements nécessaires aux deux partis. Le couple reste ensemble, va de l'avant et sort grandi de cette épreuve.

• Une réorientation professionnelle est réalisée, de nouvelles missions nous sont confiées, voire un nouveau poste se présente à nous, et ce toujours dans le même domaine d'expertise ou dans la même entreprise.

• La stagnation est analysée et un changement de méthode et de programme est mis en place afin de relancer la transformation physique. La motivation repointe le bout de son nez et on retrouve du sens à nos actes.

2) La problématique est insoluble par une simple restructuration du système et implique un remaniement complet de ce dernier.

Cette transition nous amène à la phase 3 et entame une grande boucle (grande révolution de l'être). Il s'agit là d'une transition de vie, ou transition de type 2.

• La relation arrive à un cul-de-sac et la rupture est envisagée.

• Nous faisons face à un ras-le-bol, un burn-out, un brown-out, etc, et une reconversion professionnelle est envisagée, doublée d'une recherche de sens.

• L'abandon pur et simple est envisagé. La démotivation est totale ainsi que la remise en cause de toute l'entreprise.


Phase 3 - Le désengagement

Lors de cette phase essentielle, nous nous désengageons de nos envies, de nos rêves et de nos intérêts précédents. Nous perdons le sens de nos objectifs et décisions passées qui pour nous, nous ont menés là où nous en sommes arrivés, c'est-à-dire à la croisée des émotions puissantes et scélérates. Il est d'ailleurs fort à parier que nous passions par les phases classiques du deuil comme à la suite d'un décès, certes, mais aussi d'un licenciement, d'un déménagement, d'une rupture, etc (article en préparation).

Cette période du changement est synonyme de gros doutes, de questionnement chaotique mêlé de pertinence, de candeur et d'impertinence. Nous sommes effectivement dans le renoncement, mais également en profonde introspection et prise de conscience.

Qu'on se le dise une bonne fois, nous avons parfaitement le droit d'être dans cette phase qui est essentielle à notre reconstruction. Parfois, notre entourage nous exhorte à sortir au plus vite de cette période, qui pour eux est synonyme de perdition et de déprime de leur proche. Mais c'est avant tout une étape nécessaire et durant laquelle on se retrouve pour mieux donner du sens à la suite : on se love dans nos propres bras, une phase de cocooning.

• Est-il vraiment besoin d'exemples pour cette phase ?


Phase 4 - La réintégration & la transition de type 2

La phase de réintégration correspond au renouveau, à notre rebond psychologique pour aller de l'avant. Les idées refleurissent à la suite d'une odyssée vers la connaissance et la réappropriation de soi.

Nous sommes disposés à expérimenter de nouvelles choses et à nous former. Nous donnons une orientation à nos actions, et l'idée même de suivre une trajectoire plus ou moins définie vers de nouveaux projets, objectifs et rêves, relance notre énergie jusqu'à de nouveau atteindre la phase 1.

• Développement du lâcher-prise, réactivation de la créativité, apaisement émotionnel, ouverture d'esprit, état d'esprit progressivement plus positif, relancement des envies et des intérêts, reconversion professionnelle, etc.


Cette longue transition (Phase 3 & 4) est une réelle aventure humaine qu'il faut vivre pleinement, car il s'agit ici d'un changement de vie où le système entier à été repensé puis restructuré.


Ces transitions de type 1 et 2 résonnent fortement avec les notions de changement de type 1 et 2 de l'école de Palo Alto. Il s'agit d'une réunion hétéroclite, façon colonie de vacances intellectuelle dans les années 50, d'experts en anthropologie, en psychologie, en psychiatrie, en communication, etc ; et dont le travail collégial a donné naissance à des principes fondamentaux en matière de changement, de communication, d'apprentissage, etc. (article en préparation).



Conclusion

Attention : Notre vie est composée de 5 domaines primordiaux que sont l'épanouissement personnel, le couple, la famille, le travail et nos interactions sociales (amis, collègues, etc). Chacun de ces domaines de vie est indépendamment assujetti aux cycles du changement et suivent chacun une succession de petites et de grandes transitions, qui sont souvent en décalage. Cela a pour conséquence de parasiter les domaines avoisinants.

• Une grande transition dans le travail peut influer sur l'état d'esprit du couple. Or pour maintenir la cohésion du couple, il faut être motivé. Une motivation-couple qui sera en berne suite à la déprime inhérente au changement dans le travail. Et inversement.


De l'univers à nos cellules, jusqu'à nos pensées, nous ne sommes que changements permanents, Une succession de petites et de grandes boucles choisies ou subies, qui pourront nous déstabiliser ou nous briser, mais dont nous sortirons grandis et plus forts.

Il est également possible d'initier un changement et cela se nomme projet, objectif ou rêve, qui une fois alignés à notre état d'esprit et notre plan d'action, marqueront le début d'un cycle qui lui-même s'achèvera en apprentissage et en renouveau. Simplement, faîtes ce premier pas dont vous avez besoin, car commencer, c'est la moitié du chemin.


Si en sus de cet article qui vous explique le fonctionnement du changement, vous désirez ardemment initier le mouvement en vous et apprendre à faire ce premier pas, à franchir cette première étape, je vous recommande la lecture de mon livre : Guide de survie en territoire mobilier. Un chapitre y est consacré, ainsi que d'autres sur comment changer une habitude ou sortir d'une addiction, etc. Il s'agit d'un ouvrage de vulgarisation scientifique qui vous donnera les clefs psychologiques et physiologiques du changement afin de réintégrer du mouvement dans votre vie.

Ainsi vous avez votre part de décision dans ces cycles du changement, et une part d'acceptation. A l'image des stoïciens dont la finalité est le bonheur de l'existence humaine obtenu grâce à une acceptation rationnelle de l'ordre du monde et de son évolution. Il repose notamment sur la distinction centrale entre d'un côté les choses qui dépendent de nous et sur lesquelles nous devons concentrer nos efforts, et d'un autre côté les choses qui ne dépendent pas de nous, contre lesquelles il est vain de lutter et que nous devons au contraire supporter et accepter (principe de détachement - cf article sur la règle du 90/10), afin d'avancer : la résilience.


* D'après les travaux du professeur Jonas Frisén, spécialiste des cellules souches à l'institut Karolinska en Suède.

** Il existe des cellules qui ne sont jamais remplacées. Par exemple les ovocytes. On ne peut pas fabriquer de nouvelles dents ni remplacer certains neurones comme ceux de notre très important cortex. C’est notamment pour cela qu’on ne peut pas guérir de la maladie de Parkinson ou de celle d’Alzheimer.

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