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Résolutions - Pourquoi ne tenons-nous pas nos résolutions du nouvel an ?

Mis à jour : janv. 9

Premièrement, BONNE ANNEE 2020 ! Une année paire en plus ! Les meilleures années selon certains d'entre nous. C'est également l'heure fatidique de prendre des résolutions pour l'année à venir et comme à chaque fois, de ne pas les tenir. 2021 sera une meilleure année et là ce sera la bonne ! Une année impaire en plus ! Aucune symétrie possible, marquant l'unicité de cette année selon certains (autres) d'entre nous. En mathématicien aguerri depuis le CP, je peux affirmer qu'une décennie s'est écoulée depuis 2010. Félicitations pour celles et ceux d'entre vous qui avez tenus vos résolutions. Mais pour la plupart des autres, combien de ces résolutions ont-elles été tenues durant ces 10 dernières années ?


Résolutions du nouvel an 20.. 2017, 2018, 2019, 2020, ?

Chaque année c'est la même chose. Décider de ses résolutions pour l'année qui commence, symbole de renouveau qui fait place à un autre "soi".

Mais du coup, quoi qu'est-ce que c'est qu'une résolution au final (déjà depuis le temps qu'on les prend) ? Une résolution est l'opération par laquelle l'esprit résout (une difficulté, un problème ou que sais-je encore). Il s'agit d'un terme associé à la résolution d'une problématique, qu'elle soit comportementale, circonstancielle, etc. Ainsi, une résolution est synonyme de solution et de manière générale d'amélioration, dans notre usage courant.

Nous constatons que des choses qui nous ont causées du tracas doivent changer pour effectivement nous sentir mieux et mieux vivre.


Symbole de renouveau

Les bonnes résolutions sont une coutume de la civilisation occidentale qui consiste donc, à l'occasion du passage à la nouvelle année le 1er janvier, à prendre un ou plusieurs engagements envers soi-même pour améliorer son comportement, une habitude ou son mode de vie durant l'année à venir. Voilà qui relativise déjà pas mal la chose en terme de culture.


Le fait que nous prenions nos résolutions au nouvel an est intrinsèquement lié au symbole du renouveau que la nouvelle année apporte. Notre rythme de vie (social comme professionnel et parfois religieux) étant fondé sur les cycles calendaires, notre expérience du monde en est inévitablement altérée, et une trame cyclique se superpose à notre vision. Le nouvel an comme le passage des décennies et des siècles, possède donc une puissante valeur symbolique de révolution et donc de renouveau.

Mais également les semestres, trimestres, mois et semaines (notamment les lundis) dans une moindre mesures. Plus le changement/l'amélioration nécessaire est ambitieux ou difficile et latent, plus la date de début de cette évolution correspondra à un grand cycle. Ainsi le nouvel an (plus grand cycle que les semaines ou les mois) est le moment idéal pour les difficultés d'ampleurs (je ne peux vous donner d'exemples concrets car les difficultés sont subjectives et propres à chacun, au même titre que la souffrance, elles sont incomparables), tandis que les débuts de semaine ou de mois sont des points de départ parfaits pour les changements mineurs, ou ajustements (habitudes, organisation, correction, etc). En somme, le choix du cycle et de son degré de renouveau dépend du niveau de résistance au changement rencontré.

Il est donc à noter que les échelles que nous pouvons vivre personnellement sont plus significatives en terme de symbolisme. Par exemple, à moins de vivre le passage d'un millénaire à un autre, nous n'en avons plus ou moins rien à carrer.


Lorsque la terre aura effectué un tour complet autour du Soleil, je change.

De ce fait, ce renouveau purement astronomique et surtout arbitraire quant au choix calendaire de son point de départ (des calendriers il y en a eu d'autres dans l'histoire mais également en coexistence contemporaine), est pour nous l'occasion rêvée de prendre des résolutions. L'année - une séquence de jours numérotés et triés en 12 paquets à peu près égaux parce que c'est cool - change, alors pourquoi pas nous ?

n.b. : Nous sommes, actuellement en occident, calés sur le calendrier grégorien, un calendrier solaire qui fait suite au calendrier julien. Il a été adopté par le pape Grégoire XIII au 16e siècle, et permet de corriger la dérive séculaire de son prédécesseur, mais présente toujours une légère désynchronisation de l'année, évaluée à quelques jours (3 jours) sur 10000 ans.


La projection des responsabilités et la recherche de motivation

Lorsque l'on choisit une date symbolique de renouveau pour initier un changement, on choisit ce même symbole comme source de motivation de notre propre renouveau. Or il s'agit là d'un mécanisme de projection de nos responsabilités. On se remet à cette date ultérieure alors que l'on pourrait initier le mouvement dès à présent ; dès lors que nous constatons qu'une amélioration est nécessaire pour aller mieux. Mais au lieu de cela, nous nous raccrochons en fait à un simple concept. Mais aucun concept ou symbole ne pourra être une raison suffisante à l'accomplissement d'une résolution.

Nous nous considérons par trop souvent pas prêts au moment où l'idée nous vient, et déléguons sa mise en oeuvre à un "soi" futur qui lui le sera (prêt en théorie), et qui profitera de l'effet "catapulte" d'une date symbolique, mais surtout ultérieure. Ce manque de confiance en notre capacité actuelle de commencer à faire ce premier pas, nous pousse à croire que l'intervalle de temps ainsi créé nous permettra de nous préparer. Si vous pensez devoir changer, c'est que vous êtes déjà prêt à le faire. Alors faîtes ce premier pas. Et intégrez les préparatifs à l'atteinte de votre objectif, à votre changement, et non plus comme le préambule nécessaire au commencement.

Il n'y a d'ailleurs pas besoin de préparation, hormis le fait de bien déterminer les objectifs et faire l'inventaire des moyens actuellement en notre possession afin d'obtenir d'autres moyens aujourd'hui inaccessibles, et ainsi de suite jusqu'à l'atteinte de l'objectif. Ce processus fait partie intégrante du mouvement ainsi initié.


Comment bien déterminer un objectif ? (article à venir)

Il est aussi remarquable que les maîtres.ses en procrastination sont des expert.es de la préparation sans fin. Après tout, ils/elles ne glandent pas, c'est de la préparation au changement. En verité, c'est une auto-persuasion nécessaire pour se dissimuler le sentiment de culpabilité qui monte progressivement.

Et nous sommes assurément toutes et tous des procrastinateurs.trices dans un domaine ou l'autre de notre vie.


Puis le moment venu, Il y aura toujours de meilleurs dates que celle choisie initialement. Nous savons que nous allons le faire, puisque nous avons toujours le contrôle de la date. C'est un report décidé et donc contrôlé. Tout va bien donc. Culpa... pardon. Je n'ai rien dit. Illusion du contro^... pardon ! Je ne sais pas ce que j'ai en ce moment. Une effronterite aigüe, sûrement due au nouvel an. Désolé. Le lundi suivant sera toujours un meilleur lundi ; aujourd'hui j'ai passé une mauvaise journée et je n'ai pas eu le temps ; Janvier est le premier mois de l'année, c'est une phase d'adaptation nécessaire, février sera le bon ! De plus, il fait froid et comme j'aime les activités de plein air,... Le trimestre suivant ! Allez ! Comme ça on débute une période de 3 mois tout pile. En conséquence, et avant même de choisir une date de mise en oeuvre de votre entreprise, il est nécessaire de trouver une raison d'entreprendre ; une raison ayant suffisamment d'importance à nos yeux pour dépasser notre résistance au changement et rompre le biais de statu quo* actuellement en cours. *Voir mon livre, chapitre Traitement psychologique - Phase A1 : Le voyage > Partie 3 - Commencer, c'est la moitié du chemin.


Motivation(s)

En 2007 (souvenez-vous de vos résolutions d'alors), une étude menée par Richard Wiseman de l’Université de Bristol impliquant 3 000 personnes a montré que 88 % des résolutions de la nouvelle année échouaient. Alors, il est tout à fait possible que ce pourcentage est nettement diminué depuis... Ahhh ironie, quand tu nous tiens. Pour autant, pas besoin de bouder les résolutions car concernant le taux de succès, il serait amélioré sensiblement lorsque les résolutions sont rendues publiques et qu'elles obtiennent le soutien des amis. C'est ce que l'on appelle une motivation extrinsèque, mais nous allons voir qu'elle n'est pas la plus pertinente, du moins à elle seule. En gros, il y a mieux ! Comme expliqué de manière plus détaillée dans mon livre (un peu de promo personnelle ne fait pas de mal - pas à moi en tout cas), Guide de survie en territoire mobilier (Chapitre Traitement physiologique - Phase C1 : optimiser la lutte > Partie 1 - Retour aux sources), la motivation provient d'un motif, d'une raison suffisamment valable pour que l'on brave la résistance au changement. Et il existe plusieurs types de motivations :

1) Extrinsèque. La plus répandue et la plus simple à appréhender. Elle consiste en un mécanisme de récompense et de punition de notre environnement immédiat (le dire aux amis, un pari, pour frimer, etc). Ce type de motivation est loin d'être inefficace cependant.

2) Intrinsèque. Elle est motivée par le plaisir et les bienfaits que nous tirons d'une tâche ou d'une activité. Contrairement à l'extrinsèque, cette motivation reste sous notre contrôle (typiquement, pratiquer une activité physique car elle nous plaît et nous procure beaucoup de bien-être immédiatement, mais aussi à long terme). Elle pourrait caractériser ce qui anime nos hobbies, par exemple.

3) Prosociale. La plus puissante des 3 premières, elle fait intervenir la notion de responsabilité et oriente notre motivation vers une personne, un public cible ou une cause à laquelle nous croyons (humanitaire, arrêter de fumer suite au décès d'un proche dû à un cancer ou suite à une grossesse, ou pratiquer un sport car on souhaite profiter de nos enfants et jouer avec eux, etc).

4) Push. Une des moins efficaces. Cette motivation est comparable aux autres mais avec l'envie de départ en moins, en quelque sorte. Elle implique une puissante détermination et persévérance initiales, car cette motivation s'épuise vite et est souvent transitoire, voire nécessaire afin d'arriver à une finalité plus ambitieuse (faire des études par exemple, afin d'obtenir un travail bien rémunéré, veiller tard pour finir une tâche en ratant un dîner ou une sortie, etc). Cela nécessite de fréquemment se galvaniser et la résistance psychologique n'est jamais bien loin.

5) Et Pull. Si l'intrinsèque représente un hobby, la pull serait une passion qui nous meut sans faille jour après jour, ou presque. L'objectif exerce sur nous une attraction telle qu'il n'est même pas besoin d'initialement décider de poursuivre cette entreprise ; tellement elle nous obsède (exercer une passion, aller aux concerts de notre groupe préféré malgré la distance et le prix, qu'on se donne les moyen d'acheter d'ailleurs, etc).


Nous sommes chaque jour menés par des envies constituées à différentes doses de ces 5 types de motivation. Pour augmenter nos chances de concrétiser nos projets, il convient de se trouver une ou plusieurs raisons qui stimulent en priorité notre motivation intrinsèque et prosociale.

S'il s'agit d'une motivation Pull, nous n'aurons pas à chercher bien longtemps avant de tomber sur une évidence qui gisait là sous nos yeux.


Début et fin

Trois personnes souhaitent débuter la pratique d’une activité physique afin d’être en meilleure santé et d’avoir enfin une vie plus saine, incluant un régime alimentaire plus équilibré bien sûr.

Les trois choisissent le 1er janvier pour s’y mettre et apporter ce changement dont ils estiment avoir besoin. La première personne reporte la date à la semaine suivante. La deuxième débute bel et bien et en trombe, puis arrête courant janvier. La troisième personne s’y tient, et poursuit son entreprise.


Quelle différence y’a-t-il entre ces 3 individus ?

Les deux premières personnes avaient toutes les raisons du monde pour reporter ou s’arrêter. Et ces raisons semblaient légitimes à leurs yeux et grand bien leur fasse d'ailleurs.


La troisième en revanche avait une seule mais bonne raison de le faire. Elle ne voulait pas finir malade puis prématurément s’éteindre comme l’un de ses parents, et laisser son enfant seul. Cette motivation prosociale a été suffisamment importante à ses yeux pour occulter toutes les autres raisons qui pouvaient lui souffler de s’arrêter.

Pour elle, le 1er janvier n’était pas le début d’un changement, mais bien la fin de ce qu’elle ne voulait plus être. Il s’agissait pour elle d’une date d’échéance. Par la suite, et contre vents et marées, il sera plutôt question de maintenir cet état, de poursuivre sur cet élan. Mais le changement dont elle avait besoin venait en fait de s’accomplir.


Il en est de même lors d’un deuil (décès, séparation, licenciement, etc). Le deuil nous voit inexorablement plonger dans le chagrin et bien d’autres émotions qui se succèdent et se chevauchent. Nous passons alors par de multiples étapes, et parfois même, nous tournons en rond en rebroussant sans cesse chemin après chaque progrès. Les psychologues, thérapeutes et coaches conseillent à ces personnes de décider d’une date de fin de deuil, et ce même si cela leur paraît lointain (dans 6 mois, 1 an, etc). Délimiter mentalement cette période en décidant d’une telle date d’échéance, permet à la personne endeuillée de retrouver une part de responsabilité dans son cheminement émotionnel. Elle décide ainsi de prendre son deuil en main et de le mener à son terme. Cette responsabilisation est essentielle pour accomplir, mener à bien, achever. Il en est de même avec nos résolutions. Il faut embrasser pleinement notre part de responsabilité pour atteindre nos objectifs.

En outre, trouver les bonnes raisons permet de donner du sens à nos choix et actes. Ce qui est primordial pour mener bon gré mal gré son entreprise.

Choisissons donc des dates d’échéance plutôt que des dates de mise en œuvre.


Conclusion

Attention ! Il est insensé d'essayer d'arrêter de fumer, de perdre du poids, de nettoyer son appartement et d'arrêter de boire du vin au cours du même mois : la volonté est une ressource mentale extrêmement limitée qui se travaille progressivement comme la musculation.


Le renouveau, les comptes ronds ou les débuts symboliques ne sont que des chimères conceptuelles; tantôt personnifications de notre voix intérieure (celle qui doute de nous), tantôt simples réceptacles de nos envies de changement, tantôt travestissements de nos excuses, tantôt passivité perçue comme active car émanant d'une décision illusoire.

Souvenez-vous de l'introduction de cet article - qui commence à être trop long. Il y est question d'heure fatidique. Cet adjectif marque dans sa définition un arrêt ou une intervention du destin. Or compter sur les symboles et non sur une source réelle de motivation revient à s'en remettre au destin ; ainsi plus de résistance à affronter, plus de responsabilité avant l'arrivée de la date prévue.

S'en suit alors une boucle de postdatation de notre changement. Puis à force de faux-semblants, nous finissons même par nous convaincre que nous faisons déjà le maximum pour parvenir à nos fins. Vraiment ?


Trouvons-nous une bonne raison de mener nos entreprises et nos rêves à bien. Puis prenons nos résolutions dès lors que nous ressentons le besoin de changer. Car en l'absence d'opportunités, il convient de s'en créer.


J'avais d'ailleurs décidé de publier cet article le premier lundi de l'année ! XP C'est chose faite !

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